📑 Sommaire
- Pourquoi cette obligation, pourquoi maintenant
- Ce qui change concrètement pour l’employeur (et donc pour le CSE)
- Dépression au travail : quand la maladie devient professionnelle
- Droits du salarié en arrêt pour dépression : ce que la loi garantit
- Le rôle du CSE : 5 leviers à activer dès maintenant
- Prévention, soutien et retour : le rôle des collègues et de l’entreprise
- L’angle politique : sortir de la posture défensive
- Ce qu’il faut faire cette semaine
L’essentiel à retenir
À compter du 18 mai 2026, une obligation juridique renforcée de suivi médical encadre les arrêts de travail pour dépression de plus de 30 jours. Les employeurs qui ne déclenchent pas la visite médicale appropriée s’exposent à des sanctions pouvant atteindre 3 750 € par salarié concerné. Pour les élus CSE, c’est l’occasion — et la responsabilité — de remettre la prévention de la santé mentale au cœur du dialogue social, sans attendre l’inspection du travail. Tout salarié victime d’une dépression liée à son travail mérite un accompagnement médical et social adapté à son état.
📌 Points clés à retenir
- Obligation déclenchée dès 30 jours d’arrêt pour cause psychique à partir du 18 mai 2026
- Sanction : 3 750 € par salarié non suivi
- 7 employeurs sur 10 découvrent ce type d’obligation lors d’un contrôle
- La dépression peut être reconnue comme maladie professionnelle avec droits spécifiques
- Le licenciement pendant un arrêt pour dépression expose l’employeur à une rupture nulle
- Le CSE dispose de 5 leviers concrets : BDESE, DUERP, droit d’alerte, protocole de retour, agenda CSE
Introduction
Les arrêts de travail pour motif psychologique ont explosé ces cinq dernières années. La dépression, l’anxiété et le burn-out figurent désormais parmi les premières causes d’absence longue dans le secteur privé. Face à ce constat, le législateur a durci les obligations des employeurs en matière de suivi médical des salariés en arrêt pour cause psychique. À compter du 18 mai 2026, un nouveau seuil de déclenchement et une sanction financière nominative viennent compléter le dispositif existant. Élus CSE, professionnels RH, responsables de prévention : voici ce que vous devez maîtriser avant cette date.
1. Pourquoi cette obligation, pourquoi maintenant
Le cadre français reposait jusqu’ici sur deux dispositifs complémentaires mais insuffisamment utilisés :
- La visite de pré-reprise, possible à partir de 30 jours d’arrêt, à la demande du salarié, du médecin traitant, du médecin-conseil de l’Assurance Maladie ou du médecin du travail ;
- La visite de reprise, obligatoire après 60 jours d’arrêt pour maladie ou accident non professionnel (décret n° 2022-372 du 16 mars 2022), à organiser dans les 8 jours suivant le retour effectif.
Le problème, bien connu des élus CSSCT, est que ces deux dispositifs sont sous-utilisés. La visite de pré-reprise reste facultative et largement ignorée des salariés. Quant à la visite de reprise post-60 jours, beaucoup d’employeurs l’oublient ou la programment trop tard, faute d’alerte automatique côté SIRH.
Le durcissement annoncé pour le 18 mai 2026 vient corriger cet angle mort, spécifiquement pour les arrêts pour cause psychique : un déclencheur plus précoce (30 jours), une procédure renforcée, et — surtout — une sanction financière dissuasive et nominative.
2. Ce qui change concrètement pour l’employeur (et donc pour le CSE)
Au-delà du seuil et de la sanction, trois points sont à retenir :
Un déclenchement automatique attendu. L’esprit du dispositif suppose que l’employeur mette en place un système d’alerte interne — typiquement un flag à J+25 dans le SIRH pour les arrêts dont le motif relève de la santé mentale. Juriguide cite un chiffre instructif : 7 employeurs sur 10 découvrent l’obligation lors d’un contrôle. Autrement dit, la majorité des entreprises ne sera pas prête le 18 mai.
Une visite renforcée, pas une visite ordinaire. Le médecin du travail ne se contentera pas d’un avis d’aptitude binaire. L’évaluation porte sur les capacités de reprise, mais aussi sur l’adaptation du poste, l’aménagement du temps de travail, l’environnement managérial. C’est exactement le terrain où le CSE/CSSCT a vocation à intervenir.
Une sanction par salarié. 3 750 € par cas non géré. Dans une entreprise de 500 personnes avec un taux d’arrêts longs santé mentale dans la moyenne nationale, on parle vite de plusieurs dizaines de milliers d’euros annuels exposés.
| Dispositif | Avant le 18 mai 2026 | À partir du 18 mai 2026 |
|---|---|---|
| Seuil de déclenchement | 60 jours (visite de reprise obligatoire) | 30 jours pour cause psychique |
| Visite de pré-reprise | Facultative, à l’initiative du salarié | Procédure renforcée, déclenchement attendu |
| Contenu de la visite | Avis d’aptitude binaire | Évaluation poste, temps de travail, environnement managérial |
| Sanction en cas de manquement | Risque prud’homal diffus | 3 750 € par salarié concerné |
3. Dépression au travail : quand la maladie devient professionnelle
La dépression liée au travail ne se limite pas à un simple arrêt maladie. Dans de nombreux cas, elle peut être reconnue comme maladie professionnelle, ouvrant des droits spécifiques au salarié victime. Cette reconnaissance implique une procédure auprès de la CPAM et un examen médical approfondi. Le salarié doit apporter la preuve du lien entre son état de santé et ses conditions de travail — charge de travail excessive, management toxique, isolement, ou situations de harcèlement.
Le burn-out, forme extrême d’épuisement professionnel, représente le cas le plus fréquemment soumis à reconnaissance. Bien qu’il ne figure pas encore dans les tableaux officiels des maladies professionnelles, la jurisprudence a évolué : les tribunaux admettent de plus en plus sa qualification, sous réserve que le salarié démontre un lien direct et essentiel avec son poste. Les éléments retenus : rapports médicaux, témoignages de collègues, mails professionnels, fiches de poste. Le médecin du travail joue ici un rôle central, tant dans l’évaluation initiale que dans le suivi de la procédure.
Sur le plan du salaire, la reconnaissance en maladie professionnelle change tout : indemnisé à 60 % du salaire journalier de référence les 28 premiers jours (et 80 % au-delà), contre seulement 50 % pour un arrêt maladie ordinaire. Ces montants sont encadrés par le Code de la sécurité sociale, et le délai de carence ne s’applique pas. Pour le salarié en souffrance, la différence peut être considérable sur la durée d’un arrêt long.
💡 Bon à savoir
La reconnaissance en maladie professionnelle ouvre également droit à la prise en charge à 100 % des soins par l’Assurance Maladie, sans avance de frais, ainsi qu’à une indemnité en capital ou une rente en cas d’incapacité permanente.
4. Droits du salarié en arrêt pour dépression : ce que la loi garantit
Pendant un arrêt maladie pour dépression, le contrat de travail est suspendu mais non rompu. L’employeur ne peut ni sanctionner ni licencier le salarié pour absence, sous peine de nullité de la rupture. Le Code du travail protège explicitement le salarié en situation de vulnérabilité médicale. Toute décision de licenciement prononcée en raison de l’absence ou de son impact sur l’organisation engage la responsabilité légale de l’employeur. Le salarié victime d’un tel licenciement abusif peut saisir le conseil de prud’hommes.
Parmi les droits fondamentaux du salarié en arrêt long :
- Le droit à la visite médicale de pré-reprise dès 30 jours d’arrêt, sur simple demande auprès du médecin du travail ou du médecin traitant ;
- Le droit à l’adaptation du poste de travail au retour, si le médecin du travail le préconise dans son avis d’aptitude avec réserves ;
- Le droit au mi-temps thérapeutique, sous prescription médicale, pour une reprise progressive permettant d’éviter une rechute ;
- Le droit de solliciter un avocat spécialisé en droit social en cas de litige avec l’employeur, notamment pour les problèmes de harcèlement moral ou de discrimination liée à l’état de santé ;
- Le droit à la confidentialité du diagnostic médical : l’employeur n’a accès qu’à l’arrêt de travail, jamais aux détails de la maladie.
Le harcèlement moral constitue souvent un facteur aggravant ou déclencheur de la dépression professionnelle. Dans ce cas, la procédure à suivre est double : une déclaration auprès des RH ou du CSE, et un signalement possible à l’inspection du travail. Les arrêts prolongés liés à un harcèlement documenté engagent la responsabilité pénale du ou des auteurs, mais aussi celle de l’employeur qui n’aurait pas agi après en avoir eu connaissance. Le CSE, en tant qu’instance représentative, peut jouer un rôle d’intermédiaire essentiel dans ces situations de souffrance au travail.
5. Le rôle du CSE : 5 leviers à activer dès maintenant
1. Faire inscrire le sujet à l’ordre du jour de la prochaine réunion
C’est l’action la plus simple et la plus urgente. Demandez par écrit à l’employeur l’ajout d’un point « Préparation de l’entrée en vigueur du 18 mai 2026 — visite médicale renforcée post-arrêt santé mentale ». Cela crée une trace, oblige l’employeur à se positionner, et permet d’identifier qui pilote le sujet en interne (RH ? médecine du travail ? service prévention ?).
2. Exiger un état des lieux chiffré via la BDESE
Demandez à la direction de produire, dans la BDESE ou en commission santé, les données suivantes sur les 24 derniers mois :
- Nombre d’arrêts de travail de plus de 30 jours, ventilés par motif (quand le motif est connu) ;
- Nombre de visites de pré-reprise effectivement organisées ;
- Nombre de visites de reprise organisées dans les 8 jours réglementaires ;
- Nombre d’inaptitudes prononcées au retour d’un arrêt long.
Ce sont des indicateurs RPS que l’employeur doit normalement déjà suivre. Si la donnée manque, c’est en soi une alerte.
3. Faire mettre à jour le DUERP
L’article L4121-1 du Code du travail impose à l’employeur de protéger la santé physique et mentale des salariés. La prévention des risques psychosociaux doit être inscrite dans le Document Unique d’Évaluation des Risques Professionnels (DUERP) et faire l’objet d’un plan d’action. Profitez de l’entrée en vigueur de la nouvelle obligation pour réclamer une mise à jour explicite du DUERP, intégrant la procédure de suivi des arrêts longs santé mentale.
4. Négocier (ou re-négocier) le protocole d’accompagnement au retour
Beaucoup d’accords santé au travail ou de chartes RPS ne couvrent pas explicitement le retour de longue absence. C’est l’occasion d’obtenir, soit dans un accord QVCT, soit dans une charte annexée au règlement intérieur, un protocole précis : entretien de retour avec le manager, possibilité de reprise progressive (mi-temps thérapeutique facilité), point d’étape à 3 mois, accès à une cellule d’écoute.
5. Activer le droit d’alerte si nécessaire
Si vous identifiez un cas individuel où un salarié rentre d’arrêt long sans suivi médical, ou si la procédure est manifestement défaillante, n’hésitez pas à activer le droit d’alerte du CSE en matière de santé (article L2312-5 du Code du travail). C’est une procédure formelle, qui oblige l’employeur à enquêter et à répondre par écrit. C’est aussi un signal fort qui responsabilise la direction.
6. Prévention, soutien et retour : le rôle des collègues et de l’entreprise
La prévention de la dépression professionnelle ne repose pas uniquement sur les élus ou la direction. Les collègues et l’encadrement de proximité sont en première ligne pour détecter les signaux faibles : isolement progressif, irritabilité inhabituelle, baisse soudaine de la qualité du travail, absences répétées de courte durée. Former le management à ces signaux fait partie des obligations de l’employeur au titre de la prévention des risques psychosociaux.
Pendant l’arrêt, le maintien d’un lien social adapté — sans pression professionnelle — peut faciliter le retour. Des entreprises mettent en place un référent RH unique pour le salarié absent, chargé d’assurer une communication bienveillante et limitée. Cette pratique, recommandée par l’ANACT, réduit le sentiment d’abandon et prépare un retour dans de meilleures conditions. Le traitement de la dépression étant long — souvent 6 à 18 mois —, cette continuité de contact évite que le salarié se sente oublié ou remplacé avant son retour.
Au retour, l’entretien de reprise avec le manager direct doit être distingué de la visite médicale obligatoire. Ce sont deux étapes complémentaires : la première est un espace de parole humaine, la seconde évalue l’aptitude médicale. Un bon protocole de retour prévoit également une réduction temporaire de la charge de travail, un accompagnement par un médecin ou un psychologue du travail, et un bilan à 30 jours. L’objectif : éviter la rechute, qui est statistiquement plus fréquente lorsque les conditions de travail à l’origine de la dépression n’ont pas été modifiées.
Le CSE peut proposer à l’employeur de financer une couverture psychologique supplémentaire via un contrat de prévoyance amélioré, couvrant mieux les périodes d’arrêt pour cause psychique. Ces dispositifs complémentaires, négociés dans le cadre de la politique sociale de l’entreprise (bloc 2 des négociations obligatoires), sont un levier de prévention souvent sous-exploité mais très apprécié des salariés en état de vulnérabilité.
7. L’angle politique : sortir de la posture défensive
Cette nouvelle obligation peut être traitée par le CSE de deux manières. La première, la plus courante, consiste à attendre que l’employeur agisse et à pointer les manquements a posteriori. La seconde — plus efficace — consiste à prendre l’initiative.
En se saisissant du sujet maintenant, le CSE :
- Se positionne en partenaire sérieux du dialogue social, pas en gendarme ;
- Protège les salariés concernés, qui sont par définition les plus fragiles ;
- Documente une démarche de prévention qui servira en cas de contentieux ultérieur (faute inexcusable, manquement à l’obligation de sécurité) ;
- Crée un précédent utilisable pour d’autres sujets RPS (charge de travail, droit à la déconnexion, télétravail subi).
Le contentieux prud’homal sur l’obligation de sécurité est devenu, ces dernières années, l’un des terrains les plus défavorables aux employeurs. Toute démarche structurée et tracée de prévention vaudra de l’or côté élus.
8. Ce qu’il faut faire cette semaine
Concrètement, avant le 18 mai :
- Envoyer un courrier ou mail à la direction demandant la communication du protocole prévu (ou son absence) ;
- Demander un point à la prochaine réunion CSE/CSSCT ;
- Préparer une note d’information à diffuser aux salariés une fois la procédure clarifiée — toujours en accord avec les obligations de discrétion du CSE.
Le 18 mai 2026 n’est pas une fin en soi, c’est un point de départ. La vraie question, pour un élu CSE, n’est pas « est-ce que mon employeur va respecter la lettre du texte ? » mais « est-ce que cette obligation devient le levier pour structurer enfin une vraie politique de prévention santé mentale dans mon entreprise ? ».
Résumé
La nouvelle obligation du 18 mai 2026 est bien plus qu’une contrainte administrative supplémentaire. Elle cristallise une réalité que les élus CSE observent depuis des années : la dépression et les arrêts longs pour cause psychique sont devenus un enjeu majeur de santé au travail, et les dispositifs existants ne suffisent plus. En agissant maintenant — sur le DUERP, la BDESE, le protocole de retour et le droit d’alerte —, le CSE transforme une obligation légale en levier de prévention durable.
Les droits des salariés victimes de dépression professionnelle — reconnaissance en maladie professionnelle, protection contre le licenciement, adaptation du poste, accès au mi-temps thérapeutique — sont désormais mieux encadrés. Il appartient aux élus de s’en emparer pour que chaque retour d’arrêt long soit préparé, accompagné, et suivi dans la durée.
✅ Checklist CSE — Avant le 18 mai 2026
- ☐ Inscription du sujet à l’ordre du jour de la prochaine réunion CSE/CSSCT
- ☐ Demande d’état des lieux chiffré via la BDESE (arrêts longs, visites médicales)
- ☐ Vérification de la mise à jour du DUERP intégrant les RPS et la santé mentale
- ☐ Contrôle de l’existence d’un protocole d’accompagnement au retour d’arrêt long
- ☐ Vérification du paramétrage du SIRH (alerte à J+25 pour arrêts psychiques)
- ☐ Information des salariés sur leurs droits (visite médicale, mi-temps thérapeutique)
- ☐ Activation du droit d’alerte si un cas de manquement est identifié
- ☐ Négociation ou mise à jour d’un accord QVCT couvrant le retour de longue absence
Pour aller plus loin
- Article L4121-1 du Code du travail : obligation de sécurité de l’employeur (santé physique et mentale)
- Article L2312-5 du Code du travail : droit d’alerte du CSE en matière de santé publique et d’environnement
- Décret n° 2022-372 du 16 mars 2022 : seuil de 60 jours pour la visite de reprise obligatoire
- Guide INRS sur les risques psychosociaux : référence opérationnelle pour le DUERP
- Veille Juriguide du 8 mai 2026 : source ayant identifié l’entrée en vigueur du 18 mai 2026 et les sanctions associées
Sources : Juriguide – Droit social 2026, 7 actualités juridiques (8 mai 2026) ; Légifrance – décret n° 2022-372 ; Code du travail – articles L4121-1 et L2312-5 ; INRS – risques psychosociaux.