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Que devient le CSE lors d’une fusion d’entreprise ?
8 min de lecture Mis à jour le 20 mai 2026

L’essentiel à retenir

 

Une fusion d’entreprise — qu’il s’agisse d’une fusion-absorption, d’une fusion par création d’une nouvelle entité ou d’une cession de fonds de commerce — a des conséquences directes et immédiates sur le CSE, les mandats des élus, les activités sociales et culturelles et la représentation du personnel. Le Code du travail encadre précisément ces transferts mais laisse une place importante à la négociation entre les parties. Les élus qui anticipent ces changements, connaissent leurs droits et organisent la transition avec méthode peuvent protéger efficacement les salariés et préserver les acquis sociaux de leur comité.

📌 Points clés à retenir

  • La fusion-absorption entraîne en principe la disparition du CSE de l’entité absorbée à l’expiration des mandats en cours
  • Le transfert des contrats de travail est automatique en vertu de l’article L1224-1 du Code du travail
  • Les élus dont le contrat est transféré conservent leur statut protégé pendant la durée résiduelle de leur mandat
  • Le CSE doit être consulté avant toute fusion sur les conditions de l’opération et ses impacts sur l’emploi
  • Le trésor des activités sociales et culturelles doit être transféré à la nouvelle instance représentative
  • Une UES peut être reconnue pour maintenir une représentation unifiée après la fusion

 

Introduction

 

La fusion d’entreprise est l’une des situations les plus déstabilisantes pour un CSE. En quelques mois, l’instance représentative peut voir ses membres dispersés entre plusieurs établissements, ses activités sociales et culturelles remises en question, ses mandats interrompus et son budget bloqué dans l’attente d’une décision juridique sur le sort des avoirs. Pourtant, le droit du travail encadre précisément ces situations et offre aux élus des outils puissants pour protéger les salariés et les acquis sociaux du comité.

Qu’il s’agisse d’une fusion-absorption, d’une fusion par création d’une nouvelle entreprise, d’une cession d’activité ou d’une simple prise de contrôle capitalistique, chaque type d’opération a ses propres conséquences sur le fonctionnement du comité. Maîtriser ces règles est indispensable pour tout secrétaire, trésorier ou membre du bureau du CSE confronté à une telle situation.

 

1. Les différents types de fusion et leurs effets sur le CSE

 

Toutes les opérations désignées sous le terme générique de “fusion” n’ont pas les mêmes conséquences juridiques sur le CSE. Il est essentiel de distinguer les principaux cas de figure.

La fusion-absorption. C’est le cas le plus fréquent : une entreprise A absorbe une entreprise B, qui disparaît juridiquement. Les salariés de B sont transférés chez A en vertu de l’article L1224-1 du Code du travail. Le CSE de B subsiste jusqu’à l’expiration des mandats en cours, mais son périmètre est réduit aux salariés transférés tant que les nouveaux membres n’ont pas été élus dans le cadre du CSE de A.

La fusion par création d’une nouvelle entité. Deux entreprises A et B fusionnent pour créer une nouvelle entreprise C. Les deux CSE existants disparaissent à l’expiration de leurs mandats respectifs, et un nouveau CSE doit être mis en place dans l’entreprise C.

La cession de fonds de commerce ou d’une branche d’activité. Lorsqu’une entreprise cède une partie de son activité à une autre, les salariés affectés à cette activité sont transférés chez le repreneur. Le CSE de l’entreprise cédante doit être consulté.

La prise de contrôle capitalistique. Une entreprise prend le contrôle d’une autre sans modification de la structure juridique de cette dernière. Les contrats de travail ne sont pas transférés, les mandats des élus ne sont pas affectés, et le CSE continue à fonctionner normalement.

💡 Bon à savoir

L’article L1224-1 du Code du travail prévoit le transfert automatique des contrats de travail en cas de transfert d’entité économique autonome. Cette disposition protège les salariés en maintenant leurs droits acquis (ancienneté, salaires, avantages conventionnels) chez le repreneur. Le CSE doit être informé et consulté avant toute opération susceptible de déclencher l’application de cet article.

 

2. Le sort des mandats et des élus lors de la fusion

 

Le sort des mandats des élus du CSE lors d’une fusion est l’une des questions les plus sensibles pour les représentants du personnel.

Le maintien des mandats jusqu’à leur terme. Les élus dont le contrat de travail est transféré vers l’entreprise absorbante conservent leur statut de représentant protégé pendant la durée résiduelle de leur mandat.

La réduction des mandats par accord. Un accord collectif peut prévoir la réduction de la durée des mandats en cours pour aligner les échéances électorales entre les différentes entités fusionnées.

La prorogation des mandats. Les mandats peuvent également être prorogés par accord afin de permettre l’organisation des nouvelles élections professionnelles.

Le cas des élus sans établissement. Lorsque l’établissement dont les élus sont issus est fermé ou fusionné avec un autre, leur rattachement devient plus complexe et nécessite souvent un accompagnement juridique.

Type d’opération Sort des mandats Nouvelles élections
Fusion-absorption Maintien jusqu’au terme ou accord de réduction/prorogation À l’expiration des mandats dans la nouvelle entité
Fusion par création Disparition des deux CSE à terme Obligatoires dans la nouvelle entreprise
Cession d’activité Maintien résiduel pour les élus transférés Selon effectif de l’entité cessionnaire
Prise de contrôle capitalistique Aucun impact direct Pas de nouvelles élections requises

 

3. Le transfert des contrats de travail et ses conséquences

 

L’article L1224-1 du Code du travail prévoit que lorsque survient une modification dans la situation juridique de l’employeur — notamment par fusion, absorption ou cession —, tous les contrats de travail en cours subsistent entre le nouvel employeur et le personnel.

  • L’ancienneté des salariés est intégralement préservée ;
  • Les salaires et avantages individuels acquis sont maintenus ;
  • Les accords collectifs continuent à s’appliquer pendant 15 mois ;
  • Les élus conservent leur protection contre le licenciement.

Le CSE joue un rôle central dans le contrôle du respect de ces garanties. En cas de litige, les élus peuvent saisir l’inspection du travail ou le tribunal judiciaire.

 

4. Fusion et Unité Économique et Sociale (UES)

 

La reconnaissance d’une Unité Économique et Sociale (UES) est souvent envisagée dans le cadre d’une fusion partielle ou d’une restructuration laissant subsister plusieurs entités juridiques distinctes.

L’UES permet de mettre en place un CSE commun assurant une représentation unifiée du personnel. Elle peut résulter d’un accord collectif ou d’une décision du tribunal judiciaire.

La reconnaissance d’une UES suppose la démonstration de deux critères : une concentration des pouvoirs de direction et une complémentarité des activités entre les entités concernées.

 

Résumé

 

Lors d’une fusion d’entreprise, le CSE doit gérer simultanément le sort des mandats, le transfert des contrats de travail, la continuité des activités sociales et culturelles et l’organisation des nouvelles élections.

Le Code du travail encadre ces situations mais laisse une large place à la négociation. Les élus qui anticipent la transition et maîtrisent les règles applicables peuvent préserver efficacement les droits des salariés et les acquis sociaux du CSE.

✅ Checklist CSE — Fusion d’entreprise

  • ☐ Consultation du CSE organisée avant l’opération de fusion
  • ☐ Vérification du transfert des contrats de travail (art. L1224-1)
  • ☐ Maintien des mandats et de la protection des élus confirmé
  • ☐ Situation des budgets ASC et fonctionnement clarifiée
  • ☐ Calendrier des nouvelles élections défini
  • ☐ Analyse des accords collectifs transférés réalisée
  • ☐ Possibilité de reconnaissance d’une UES étudiée
  • ☐ Accompagnement juridique du CSE prévu en cas de restructuration complexe

Articles de loi et textes de référence

  • Article L1224-1 du Code du travail : transfert automatique des contrats de travail en cas de modification de la situation juridique de l’employeur
  • Article L2312-8 du Code du travail : consultation obligatoire du CSE sur les opérations de fusion
  • Article L2312-46 du Code du travail : consultation du CSE en cas de licenciement économique collectif
  • Article L2261-14 du Code du travail : survie des accords collectifs pendant 15 mois
  • Article L2313-2 du Code du travail : reconnaissance de l’UES
  • Article L2314-34 du Code du travail : réduction ou prorogation des mandats du CSE
  • Article L2312-26 du Code du travail : consultation annuelle sur la politique sociale
  • Article L2315-80 du Code du travail : transfert du budget des activités sociales et culturelles
  • Article L2315-94 du Code du travail : recours à un expert technique lors d’une restructuration

Sources : Code du travail (Légifrance) ; doctrine sociale ; jurisprudence sur les transferts d’entreprise et les opérations de fusion ; guides pratiques CSE sur les restructurations et opérations de concentration.